Folterfabriek Buchenwald. Overleven en collaboreren in een Duits concentratiekamp. (L’usine de torture de Buchenwald. Survivre et collaborer dans un camp de concentration allemand)
Rencontre d'Histoire publique du CegeSoma - 2026-2

Conférence-débat en néerlandais avec en invité, Jan Willem Stutje
Un entretien mené par Widukind De Ridder
Le CegeSoma et l’asbl ‘Les Amis du CegeSoma’ ont le plaisir de vous inviter, le 20 mai 2026, à une conférence-débat (en néerlandais) consacrée à l’ouvrage de Jan Willem Stutje, intitulé ‘Folterfabriek Buchenwald. Overleven en collaboreren in een Duits concentratiekamp’ (L’usine de torture de Buchenwald. Survivre et collaborer dans un camp de concentration allemand).
Dans cet ouvrage, Jan Willem Stutje explore ce que Primo Levi a désigné comme la « zone grise » : cet espace ambigu entre victimes et bourreaux, au sein duquel s’inscrit le système de délégation du pouvoir instauré dans les camps de concentration et d’extermination nazis. Peu abordée dans l’espace néerlandophone depuis l’ouvrage pionnier de Gie van den Berghe paru en 1987 (Met de dood voor ogen), cette problématique est examinée ici à travers un cas emblématique : Buchenwald.
À partir de 1942, dans le contexte de la guerre totale et de l’économie de guerre, les autorités nazies privilégient de plus en plus les prisonniers politiques dits « rouges » au détriment des détenus de droit commun dits « verts ». Investis de responsabilités de surveillance et d’administration, certains d’entre eux vont pouvoir peser directement sur le destin de leurs compagnons de détention, parfois jusqu’à décider de leurs chances de survie.
À travers son analyse du système des kapos, Jan Willem Stutje met en évidence les rapports de force, les fractures politiques et les dilemmes moraux qui traversent le camp. Il montre également la manière dont les SS se sont appuyés sur le prestige politique, les traditions militantes et la discipline organisationnelle du mouvement ouvrier pour structurer et contrôler l’univers concentrationnaire. Son enquête examine de façon directe les mécanismes de sélection, la protection de certains cadres, leur affectation à des commandos moins pénibles ou leur admission à l’infirmerie, tout en interrogeant les frontières incertaines entre survie, domination et compromission.
Au cours de cette Rencontre d’Histoire publique, l’auteur dialoguera avec Widukind De Ridder et tentera d’apporter des réponses à plusieurs questions significatives. Quels sont les défis posés à la recherche sur les camps de concentration et à leur mémoire publique jusqu’à aujourd’hui ? Comment appréhender aujourd’hui la « zone grise » ? Comment comprendre le rôle des détenus-fonctionnaires communistes dans l’organisation interne de Buchenwald ? Ces réflexions peuvent-elles être extrapolées à d’autres camps ? Dans quelle mesure les témoignages d'après-guerre permettent-ils de restituer la subtilité des rapports de pouvoir au sein du camp ? Que révèlent les mémoires concurrentes de Buchenwald sur les usages politiques du passé, de l’immédiat après-guerre à la Guerre froide ?
En plaçant l’histoire du mouvement ouvrier au cœur de son analyse, Stutje parvient à sortir l’histoire des camps de concentration de son isolement relatif et à la relier à des débats bien plus larges sur la montée du fascisme dans les années 1930 et l’émergence de l’ordre social et politique de l’après-guerre.

Jan Willem Stutje est historien. Il a été rattaché à l’Internationaal Instituut voor Sociale Geschiedenis (IISG) à Amsterdam et a travaillé dans les universités de Bruxelles, de Groningue et de Gand.
Il est l’auteur des biographies de Paul de Groot, Ernest Mandel (traduites en anglais, en français, en allemand, en grec et en italien), Ferdinand Domela Nieuwenhuis (nommée pour le Libris Geschiedenis Prijs) et Hendrik de Man. Son livre ‘Folterfabriek Buchenwald. Overleven en collaboreren in een Duits Concentratiekamp’ a reçu le Prix de littérature de la Shoah 2025.

Widukind De Ridder est docteur en histoire (VUB). Ses domaines de recherche portent sur l'histoire socio-économique et l'histoire de la pensée politique (XIXe et XXe siècles).
En tant que chercheur au sein du FED-tWIN Belcowar, il partage son temps entre le CegeSoma/ Archives de l'État et l'unité de recherche Moderniteit en Samenleving, 1800-2000 (MoSa) à la KU Leuven.