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Belgium WWII : de la fermeture de l'ULB aux archives de la répression

Manifestation des étudiants de l'ULB en faveur des alliés 15.4.1940, photo n°273433, droits réservé CegeSoma/Archives de l'Etats

Par le site Belgium WWII, le CegeSoma s’assigne pour objectif d’évoquer à la fois des volets classiques de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale mais aussi d’attirer l’attention sur des dimensions ou des personnalités moins connues de cette histoire.

Des facettes à découvrir

Il en est ainsi de Franz Leemans, un résistant actif dans le réseau Clarence et qui, à la Libération, s’est totalement investi dans la défense de la cause de Léopold III après avoir également travaillé au service de Paul van Zeeland, alors commissaire au rapatriement. A travers lui, c’est un pan de l’engagement d’agents de renseignement et d’action, souvent mal connu, dont Baudouin Collet lève ici un coin du voile. Cette histoire mal connue, c’est également celle, dans un tout autre registre d’Otto Siegburg, membre de la section juive de la Sipo-SD de Bruxelles et qui sera jugé par la justice belge en décembre 1949.  Ce procès complexe est évoqué par l’historienne Marie-Anne Weisers qui a précisément consacré sa thèse de doctorat à l’attitude la justice belge à l’encontre de ressortissants allemands impliqués dans la persécution des Juifs. Dans le registre de personnalités plus connues, le site s’est également enrichi de deux nouvelles notices consacrées à des personnalités de l’entourage de Léopold III: Robert Capelle et Jacques Pirenne. Tous deux ont successivement occupé la fonction de secrétaire du roi. Ces deux notices complètent le tableau. En ce domaine, le site propose désormais des contributions consacrées à Léopold III lui-même, à la Régence ou encore à Raoul Van Overstraeten, conseiller militaire du roi.

La réalité de la guerre a également plongé des groupes dans des situations particulières. C’est le cas de la communauté italienne, forte de quelque 30.000 personnes à la veille du conflit et composée pour partie de réfugiés antifascistes. Quel a été leur sort sous l’occupation ? Quelle participation à la résistance et quel impact au lendemain du conflit ? Une contribution rédigée par notre stagiaire italienne et étudiante en histoire Giuffredi Francesca et l’historien Fabrice Maerten.

La Cité ardente sous l’occupation

Au-delà des personnalités et des organisations, il est également possible de se plonger dans l’histoire de l’occupation par le biais d’un cadre géographique donné. C’est à cet exercice que s’est livré l’historien Alain Colignon. A travers une contribution touffue sur la ville de Liège, il revisite tout à la fois la question de l’accommodation des élites traditionnelles, la surenchère rexiste dans la collaboration mais également les multiples formes de résistance qui s’y sont développées et la répression de l’occupant qui s’en est suivie sans oublier le tribut très lourd que la ville a dû payer à l’heure de la libération.

Un retour sur la chronologie

Le site permet également de revenir sur des moments clé. Il y a un peu plus de 80 ans, l’Université libre de Bruxelles fermait ses portes. Les historiens Chantal Kesteloot et Dirk Martin évoquent cet anniversaire. A l’origine de cette décision, la volonté de l’occupant d’imposer la nomination de trois professeurs étiquetés « ordre nouveau » dont l’institution bruxelloise ne voulait pas. Cet incident est la goutte d’eau qui a conduit à la rupture. Jusqu’alors, l’Université s’était en effet montrée plutôt accommodante face aux demandes de l’occupant. Cette fermeture allait être lourde de conséquences pour les étudiants. Certains ont arrêté leurs études, une majorité a trouvé refuge dans d’autres universités, Liège ou Louvain,  en fonction de critères géographiques et/ou philosophiques, d’autres encore ont choisi de participer aux cours clandestins qui se sont progressivement organisés. Comme dans d’autres institutions, la Libération se traduit à la fois par une reprise des activités mais aussi par la difficile question de l’épuration interne.

L’accès aux sources de la répression : l’exemple néerlandais

Comme en Belgique, la répression de la collaboration aux Pays-Bas a entraîné une production massive de documents d’archives. Là-bas comme ici, ces documents suscitent un intérêt tout particulier de la part de descendants des personnes concernées. En 2025, ces archives seront du domaine public. La question de leur digitalisation et de ses implications est dès lors posée. L’historien Dirk Luyten revient sur cet exemple et en analyse les dimensions éthiques et sociétales ; en d’autres termes, comment concilier le respect de la vie privée et le droit des sociétés à appréhender leur passé ? Bref, un débat sensible et stimulant tant aux Pays-Bas qu’en Belgique….